Dans la philosophie indienne – en particulier dans les Upanishad* et le Samkhya** – la notion de “corps” est large et très différente de celle que l’Occident judéo-chrétien a forgée, l’entachant de pensées culpabilisantes liées au péché.
Pour la pensée indienne, le corps et un temple, que l’on honore avec la même dévotion qu’on honorerait un lieu sacré, entre autres en pratiquant le Yoga.
Le corps humain se dit “sharira” en sanskrit.
Il se décline en réalité en 3 corps : le corps physique – le corps subtil – le corps causal.
Mais la philosophe indienne va encore plus loin puisqu’elle considère qu’à l’intérieur de ces 3 corps se trouvent 5 enveloppes : les Kosha.
Ces enveloppes constituent l’être humain dans toutes ses dimensions : elles sont emboîtées les unes dans les autres à la manière des poupées russes 😉 , de la plus grossière et superficielle à la plus profonde et subtile, celle qui permet d’atteindre le Soi.

 

– Le corps de l’énergie

Selon l’anatomie subtile du Yoga – qui part du principe que nous avons plusieurs corps, du plus grossier (= le corps physique) au plus subtil (= le corps spirituel ou corps causal), ces 5 enveloppes correspondent aux trois corps :

  • corps physique : Annamayakosha (1er kosha)
  • corps énergétique ou corps subtil : Pranamayakosha – Manomayakosha – Vijnanamayakosha (les 3 kosha suivants)
  • corps spirituel ou corps causal : Anandamayakosha (le dernier kosha)

– Les 5 Kosha

Ces 5 enveloppes sont différentes dimensions du corps décrites comme des couches imbriquées ou emboîtées concentriquement les unes dans les autres, allant de la plus grossière (ce terme n’est pas péjoratif dans la pensée hindoue ! 😉) à la plus subtile.

  1. Annamayakosha : Littéralement l’enveloppe de nourriture. C’est la plus grossière et pesante, elle concerne l’ensemble des processus physiologiques et biochimiques. C’est le corps fait de minéraux qui st  animé par le Prâna (souffle-énergie) et qui demeurera inerte au moment de la mort.
  2. Pranamayakosha : C’est l’enveloppe faite de souffle-énergie (Prâna), comme pour les végétaux. Le souffle-énergie, c’est l’énergie vitale : il est présent en chacun.e de nous en quantité plus ou moins grande. C’est lui qui influence notre état de santé, qui indique si on est en pleine forme ou fatigué.e, qui gouverne les facultés de sensation et d’action.
  3. Manomayakosha : C’est l’enveloppe faite de pensée, ou corps du mental, qui regroupe nos états d’âme, pensées, émotions, pulsions, affects, opinions, jugements, préjugés. Cette enveloppe gouverne nos réactions face aux situations, aux événements, et aux autres.
  4. Vijnanamayakosha : C’est l’enveloppe faite de lucidité et de discernement. C’est un savoir plus complet que le savoir habituel, et il implique aussi l’intuition. C’est l’intellect supérieur plus objectif, moins teinté d’affectivité, qui permet d’accéder à une vue juste, claire et perspicace des choses, et mène à la connaissance épurée, lumineuse. C’est la Buddhi dans les Tattvas. C’est elle qui nous permet de poser les vraies questions et de démasquer le pouvoir hypnotique de Maya (= le voile de l’illusion).
  5. Anandamayakosha : C’est l’enveloppe faite de béatitude, de félicité, ou de joie pure. C’est la plus fine, la plus subtile, à laquelle on accède à partir d’une compréhension spirituelle. C’est elle qui constitue à la fois l’origine et l’aboutissement des 4 autres. Cette enveloppe est comme “un noyau compact de béatitude, invulnérable aux aléas de l’existence” (Colette Poggi dans son livre Dans la confidence du souffle)

 

 

L’erreur serait de s’identifier à ces différentes enveloppes : on tombe alors dans l’ignorance (= avidya). L’ignorance ou l’inconscience ainsi que la confusion mentale sont les sources principales de la souffrance humaine, d’après l’hindouisme et le bouddhisme.

 

Au contraire, grâce aux pratiques corporelles, respiratoires et méditatives du Yoga, on peut cheminer à travers ces différentes couches afin d’accéder à la simple joie d’être (Ananda) : les enveloppes les plus importantes sont en effet celles de l’intuition et de la joie pure.
Ananda peut aussi surgir de manière spontanée ! 😀 Mais pour cela, il est important que le terrain – notre jardin intérieur – soit préparé…
On apprend ainsi à augmenter notre degré de discernement juste afin de cesser de se désoler pour des choses vaines, pour apprendre à accepter les situations, et surtout à s’accepter soi même.

 

*Upanishad  : ensemble de textes philosophiques qui forment la base théorique de la religion hindoue. Les Upanishad majeures sont aussi les plus anciennes. Elles ont été composées entre 800 et 500 avant notre ère. (Wikipedia)

**Samkhya : école de la philosophie orthodoxe, codifié dans la Samkhyakarika composée au IVe ou Ve siècle apr. J.-C.  Le Samkhya est couplé au Yoga de Patanjali tel qu’il a été décrit dans les Yoga Sutra : le Yoga de Patanjali est en quelque sorte la mise en pratique de la philosophe du Samkhya.

 

 

Bibliographie :

 


2 commentaires

Anik · 19/05/2021 à 10:51

Article intéressant, élargissement de connaissances philosophiques indiennes qui sont un domaine inconnu pour moi…

    Fabienne COSTA · 19/05/2021 à 13:11

    Merci Anik pour ton témoignage !
    La pensée indienne est très différente de la pensée occidentale à laquelle nous sommes pour la plupart habitués depuis longtemps. Elle demande d’avoir un point de vue tout à fait autre.
    On pourrait dire que, sous certains égards, la pensée indienne est moins “rationnelle” que la pensée occidentale, mais c’est surtout que sa logique est autre : elle envisage la Vie sous des aspects plus larges, elle laisse une large part au monde subtil, invisible.
    Et comme je le dis souvent dan mes cours, apprendre c’est désapprendre ! Pour ma part, c’est comme cela que j’avance : j’essaie de me délester du connu qui parfois m’enferme afin de ne pas tomber dans des routines ni des ornières mentales, pour m’ouvrir à une dimension plus vaste qui me libère.

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