J’ai choisi de vous présenter un texte phare de la pensée indienne, la Bhagavad Gîta, d’après la lecture que j’ai faite du très beau livre de Colette Poggi, La Bhagavad Gîta ou l’art d’agir.
Pourquoi ce choix ? Parce que ce livre est non seulement connu des pratiquants de yoga, mais également de tous les chercheurs spirituels. Parce que ce texte a une portée universelle qui nous touche depuis des siècles et reste toujours d’actualité. Parce que la notion de « karma » – si souvent mal connue et déformée – est essentielle pour comprendre ce qu’est l’existence humaine : bien que « mystérieuse » – comme il est écrit dans la Bhagavad Gîta – la voie de l’acte est au centre de nos vies.
Nous sommes des êtres d’action, et aussi des êtres de relations, comme nous le verrons dans cet article :en effet, nous sommes façonnés par nos actes – ce terme regroupe aussi bien nos gestes, nos réalisations concrètes que nos paroles et nos pensées – et par nos relations.

Mon article se nourrit essentiellement de passages du livre de Colette Poggi et de citations de la Bhagavad Gîta. J’ai souhaité le présenter à travers différentes thématiques qui se complètent et interagissent les unes avec les autres. Certaines notions propres à la pensée indienne demandent vraiment à être développées et explicitées pour les lecteurs.rices modernes occidentaux.ales que nous sommes.

 

  • Présentation du livre :

Texte datant d’il y a 24 siècles, (entre 300 av. JC et 400 apr. JC), à l’image de l’Odyssée d’Homère en Occident, la Bhagavad Gîta est non seulement l’un des grands textes de sagesse de l’humanité, mais aussi l’une des sources majeures de la philosophie du Yoga.

Comprendre ce texte – qui a inspiré Gandhi, Nelson Mandela, Martin Luther King – tous défenseurs infatigables de la paix – c’est accorder nos actes, nos paroles et nos pensées au dharma, à l’Ordre cosmique.
Le texte de la Bhagavad Gîta est un chant sacré offert à l’humanité de tous lieux et de tous temps.

  • Résumé du livre :

La Bhagavad Gita, texte philosophique fondamental de l’hindouisme, fait partie du poème épique du Mahabharata.
La Bhagavad Gita se déroule sur un champ de bataille où le prince guerrier Arjuna est confronté à une crise morale. Il est sur le point de combattre dans une guerre fratricide, mais se trouve paralysé par des doutes et des questions morales à l’idée de tuer ses proches.
Dans cette situation, le dieu Krishna, qui est son cocher (conducteur duchar), lui prodigue des conseils et des enseignements. Krishna expose les principes de la vie, du devoir (dharma) et de la destinée (karma). Il encourage Arjuna à assumer ses responsabilités en tant que guerrier et à agir conformément à son devoir sans être attaché aux fruits de ses actions.
La Bhagavad Gita aborde également des concepts comme le yoga (union avec le divin), la dévotion (bhakti), la connaissance (jnana) et l’action désintéressée (karma yoga). Elle enseigne que l’accomplissement spirituel peut être atteint par différents chemins, mais que tous ces chemins convergent vers une même vérité ultime.
Finalement, Arjuna comprend que l’accomplissement de son devoir est essentiel, mais que cela doit être fait avec un esprit détaché des résultats et avec dévotion envers Dieu. La Bhagavad Gita se termine par la résolution d’Arjuna à combattre, guidé par les enseignements de Krishna qui s’est révélé à lui en tant que dieu (Krishna est l’avatar de Vishnu).

• Les enseignements spirituels de la Bhagavad Gîta :

Le messages philosophiques de la Bhagavad Gîta en font une voie de sagesse et de libération. Ce texte nous montre la voie d’une vie spirituelle, merveilleuse et invisible.
Le dialogue entre Arjuna et Krishna est en somme un dialogue avec la vie, mais aussi un dialogue intérieur que chacun.e établit en soi même, qui amène à une/des prise.s de conscience.
Les 2 personnages sont deux dimensions qui se côtoient à l’intérieur de nous même.
La Bhagavad Gîta parle d’une rencontre avec l’autre mais surtout avec soi : autrui est un autre soi même.
Il nous faut puiser au dedans du dedans, aller du dehors au dedans de notre cœur, nous dit la Bhagavad Gîta.
Ce retour décisif sur soi même est le commencement du chemin dans la Vie.
Il s’agit d’être à la fois ouvert sur le dehors et intérieurement centré.e, mais aussi de se remettre en cause : tel est peut être le mot d’ordre essentiel à retenir de la Bhagavad Gîta. Sans s’attarder à aucune certitude. L’imprévu est toujours sûr, et heureusement !
La loi de la vie est l’échange, la circulation des énergies.
La Bhagavad Gîta invite à vivre un équilibre en mouvement, dans lequel agit et non agir ne s’opposent pas.

  • La métaphore du char :

Le champ de bataille est la métaphore de la Vie, de la scène de l’existence, du théâtre du monde ; le char est la métaphore de notre corps-souffle-esprit-organes sensoriels. Le cocher, c’est le moi, l’ego. Le passager, c’est l’Âme, le Soi.
La Vie est le théâtre d’innombrables transformations, internes et externes. Elle est un voyage pour tenter de voir les choses dans leur lumière véritable, un voyage vers le centre.
Le mouvement du char doit suivre notre intuition et notre décision inspirée.

On retrouve cette métaphore dans le jeu symbolique du Tarot de Marseille, notamment dans l’arcane VII du Chariot.

Pour en savoir plus sur le Chariot du Tarot de Marseille : https://passion-tarot.com/7-le-chariot-interpretation/

  • Le Dharma et le Svadharma :

*Le dharma est la loi du bon ordre des choses qui permet l’avènement de l’harmonie universelle, cosmique. C’est une loi d’orchestration universelle.
Il s’agit de suivre le courant de cette Harmonie universelle, de se mettre en harmonie avec le courant de la Vie.
Notre énergie s’alimente aux sources universelles.
Avons-nous soif de sens ? Le sens de l’aventure humaine est la mise en œuvre, en soi et autour de soi, de l’harmonie et de l’amour.
La notion de bonheur, de bien être et d’harmonie est définie par le terme sanskrit « sukha », littéralement le fait d’être bien centré. Il s’oppose à « dukha », qui signifie souffrance, mal être, le fait d’être décentré.
Protégé, le dharma protège ; détruit, il détruit.

*Au niveau individuel, chacun.e de nous est invité.e à réaliser son svadharma : son devoir personnel, sa vocation profonde, sa mission de Vie.

« Soyez une île pour vous-même ! » disait le Bouddha.

 

Citons aussi Montaigne :
« La chose la plus importante du monde, c’est de savoir être à soi » (Essais, II 39).

 

 

  • Le Karman : l’action

Tout au long de notre existence, nous ne cessons d’agir, par des gestes, des mouvements, mais aussi par la parole et la pensée.
Chaque action, si infime soit elle, suscite un sillage, une dynamique au sein du champ cosmique.
La Bhagavad Gîta est un livre de sagesse sur l’art d’agir. Ce texte expose une situation où le refus de s’engager est délétère.
Le Karma, c’est l’acte et ses conséquences. Tout l’art d’être et d’agir consiste à s’accorder intuitivement au dharma. L’action vraie et efficiente est dépouillée de tout attachement, accomplie dans l’indifférence au succès et à l’insuccès.
Il s’agit d’un acte généreux, sincère, qui vient du cœur, d’une action guidée par la connaissance, d’une action qui jaillit du profond, du cœur-conscience, pas du moi superficiel. Alors l’action devient la source d’une véritable joie.
Quand il n’est pas influencé par l’ego, l’art d’agir est vécu comme un non agir.

« Agis sans te soucier des fruits de l’acte ! Fais de ton mieux, ne songe pas à ton profit personnel » ordonne Krishna à Arjuna.

L’art d’agir est désencombré du moi-ego : il consiste à agir à partir du Soi, de l’Atman, et non de l’ego. C’est un agir vécu comme une voie de réalisation au service de l’amour et de la paix.
L’action habile est vitale, elle repose sur l’interconnexion. Elle est un engagement total vécu de manière détachée.

« Le véritable détachement consiste à ne pas agir sous l’emprise du désir » (XVIII 2), à se délier du désir de possession.

Concernant cette interconnexion et cette interrelation, il est utile de rappeler que la relation est énergie, qu’elle est là dès le commencement, qu’elle est le socle du réel : être vivant c’est être en relation.
Agir, non agir : l’essentiel est dans l’intention et l’attitude intérieure. L’action doit être portée par une intention juste. Agir demande de la conscience et de l’attention.

Vivre c’est avoir la liberté de s’engager, donc d’agir. Chacun.e est donc invité.e à agir selon son svadharma.

 

  • Le Yoga :

• Le yoga est un art d’être et d’agir qui rejaillit sur tous les autres, pensée, respiration, parole, action.
• Le yoga enseigne à vibrer, à faire de son être une antenne cosmique, ouverte sur la Vie spirituele, cette vie merveilleuse et invisible.
• Le yoga est détachement, dans la mesure où il crée un espace ente le monde et soi.
• Le yoga est une action qui améliore les autres actes, les rend habiles et subtils.
• Le yoga relie, répare, prédispose à la santé.
• Le yoga est un ajustement précis et ferme de divers éléments, pour former un tout vivant, en mouvement.
• Le yoga est détachement et renoncement aux injonctions du moi.
• Le yoga a pour but de faire du corps-cœur-conscience un espace heureux (sukha), connecté à son centre, d’agir sans ego et de se connaître soi même.
• Le sens du yoga, littéralement jonction, conduit en effet à un affinement de la conscience de soi, c’est la possibilité d’une expérience directe du centre si puissante qu’elle ouvre à l’universel.
• Le yogin réalise en lui-même la jonction parfaite avec le Soi.

« Unis toi au yoga ! Tends de tout ton être à cette jonction qui est parfaite union avec ton essence. Le yoga c’est la parfaite habileté dans les actes » (II 50).

« Grâce au yoga, on peut dénouer les nœuds de l’incertitude quant à l’action et à l’inaction. » (IV 38-42)

« C’est cela le yoga, renoncer à l’attachement et au désir qui incite à l’action, non à l’action elle-même » (VI 1-9).

 

D’après Abhinavagupta (Xe-XIe s.), maître du Tantra shivaïte, vivre, agir, respirer, chacun de ces actes est une expérience sacrée.

  • L’équanimité, valeur essentielle du Yoga :

L’action vraie est un yoga car l’esprit demeure égal en toutes circonstances.
L’équanimité, c’est cela l’esprit de yoga.
Voici ce que dit Krishna du yogin :

« Son égalité d’âme ne varie pas, dans le bonheur et le malheur, qu’il aperçoive une pierre, un morceau de terre ou d’or, qu’on le blâme ou qu’on le loue, son esprit demeure égal et stable » (XIV 23-24).

 

  • Gandhi et l’action non violente :

Gandhi disait : « La Vie est un mystère qu’il faut vivre ».

« Que la Gîta soit une mine de diamants, comme elle l’a été pour moi ; qu’elle soit toujours votre guide et ami sur le chemin de la Vie ».

 

 

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