« Cette nuit encore, Paulo se disposait donc à sortir.
La Mère, dans sa chambre contiguë à la sienne, l’entendait bouger furtivement : il attendait peut-être pour sortir qu’elle éteigne la lumière et se couche.
Elle éteignit la lumière mais ne se coucha pas. Assise près de la porte, elle pressait l’une contre l’autre ses dures mains de servante, encore humides de l’eau de vaisselle, et serrait ses pouces l’un contre l’autre pour ne pas perdre courage ; mais, d’instant en instant, son inquiétude grandissait, et l’espoir obstiné que son fils se calme, qu’il se mette à lire ou aille dormir comme autrefois, retombait. »

 

Paulo officie à la paroisse du village d’Aar, en Sardaigne, depuis quelques années. Très apprécié par ses fidèles, il est le protégé de sa mère, qui s’est saignée aux quatre veines pour qu’il puisse atteindre cette situation honorable.
Mais la relation chaste que le jeune prêtre entretenait avec Agnese éveille soudainement en lui une passion incompatible avec sa vocation religieuse, pour la plus grande crainte de sa mère….

Dans ce roman écrit en 1920, Grazia Deledda (prix Nobel de littérature) interroge avec subtilité les questions de filiation et de sentiments contrariés, sondant avec sensibilité les mouvements de l’âme des trois principaux personnages du récit.

 

Léon Morin prêtre, film de Jean-Pierre Melville (1961), d’après le roman de Béatrix Beck. « Les yeux baissés, l’air concentré, de la manche de son aube il me balaya le visage. Ce coup léger, cette presque caresse, me bouleversa. Un goéland, un ange m’avait touchée de son aile, moi terrestre ».

Dès les premières lignes de ce récit, le décor est posé :  il fait nuit ; comme un oiseau noir emporté par le vent, Paulo court rejoindre Agnese. Les amants ne peuvent résister à la tentation du baiser : « Il eut la sensation de tomber lentement, entraîné par un tourbillon dans une profondeur liquide pleine de lumière… ». Paulo, partagé entre l’interdiction et la possessivité de sa mère et la jeune femme qu’il aime, éprouve pour Agnese un amour passionnel, impossible.
Grazia Deledda décrit avec une grande finesse les tourments de l’âme humaine, tiraillée entre archaïsme et modernité.
Amour impossible ? Grazia Deledda nous montre qu’il existe une autre loi, plus forte, plus juste, plus vraie que celles des traditions archaïques et des interdits inhibiteurs : la loi du coeur.

 

lire, traduire, écrire, lire….

Je ne vous en dis pas plus… ! Pour connaître la suite de ce récit intense au suspense poignant, retrouvez le livre dans sa nouvelle édition publiée par les éditions Cambourakis.

Dans l’ombre, la mère, de Grazia Deledda.

Traduction de Myriam Cheyns-Condé, relue, corrigée et postfacée par mes soins.

 

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