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Il y a quelque temps, je suis tombée sur un article de Cyrille Javary interviewé sur son dernier livre, Yin-Yang, la dynamique du monde. Article fort intéressant qui résonne – tiens, comme par hasard 😉 – avec le thème que j’ai proposé cette année à mes élèves : souplesse et tonicité.
Pourquoi ce thème ? Chaque année, je développe un fil – le fil du yoga 😉 – qui me guide dans la construction de mes séances, et sert de fil d’Ariane pour mes élèves : une invitation pour cheminer ensemble dans l’apprentissage pratique et la réflexion théorique d’une notion à la fois physique et symbolique tirée de notre expérience du Yoga. Mes élèves avaient envie que je développe le thème de la souplesse…. Ah bon ? Eh bien, je ne traiterai pas uniquement de la souplesse, leur ai je répondu, mais du binôme souplesse-tonicité, ou du couple aisance-fermeté pour reprendre l’un des aphorismes les plus connus des Yoga Sutras de Patanjali, celui qui définit « asâna », la posture de yoga : « Sthirasukhanasanam » (YS, II-46), « la posture doit être vécue dans l’aisance et la fermeté ». Il s’agit d’être, pour reprendre la célèbre (et belle 😊) formule de Gérard Blitz, « fermement établi dans un espace heureux ». Etymologiquement, « sukha » signifie « aisance, confort, douceur, sensation agréable, état de bonheur », et « sthira », « fermeté, vigilance, état de présence, état de ce qui dure » ; quant à « asanam », c’est « la posture, l’attitude ». La voie du Yoga nous invite à trouver cet équilibre corporel (et existentiel 😉) entre effort et lâcher prise, entre le faire et la détente.
C’est exactement de cela qu’il est question dans l’article de Cyrille Javary qui parle explicitement d’une dynamique, et non pas d’une simple bi-polarité statique, ni d’une alternance de deux énergies opposées et complémentaires. Il s’agit de deux pôles distincts, le Yin et le Yang, ET d’une alternance de l’un à l’autre, mais qui se vit dans un mouvement perpétuel de réversibilité. Yin-Yang réinstaure ainsi le droit au mouvement.

– Le Taiji tu, symbole du Yin-Yang :

 

 

Ce symbole – « dessin du grand retournement » – montre l’alternance et la transformation de Yin en Yang et inversement. Il faut vraiment imaginer le Taij tu (symbole du Yin-Yang) comme une sphère en mouvement, qui roule sans cesse sur elle même, et non comme un dessin en 2D. Yin-Yang symbolisé par le Taiji tu, c’est un système dynamique, qui nous permet d’être alternativement plusieurs choses différentes : parce que nous sommes animés par des énergies différentes qui coexistent et ne s’excluent pas. En effet, selon ce système de pensée, une contradiction n’existe que l’espace d’un instant… puis se transforme. mais sur la durée, rien n’est antinomique ! 😉

J’aime beaucoup l’idée d’alternance qui préside à toute quête d’équilibre (ou plutôt de rééquilibrage). C’est ainsi que je crée mes séances de yoga, dans une alternance de mouvements doux et de postures très toniques, de rythmes lents et de rythmes rapides,de douceur et de fermeté, de détente et de vigilance, d’effort juste et de lâcher-prise, de mouvements et de pauses, de parole et de silence, de concentration et de rire, d’action consciente et d’inaction consciente. L’équilibre – qui ne s’acquiert jamais mais se cherche continuellement – découle de cette alternance, tout comme la transformation intérieure vent d’une écoute et d’une observation fines et sincères de qui l’on est vraiment dans l’instant de notre existence.
Alors, une posture tonique sera vécue avec en même temps la sensation de détente corporelle, de lâcher prise dans l’effort, tandis qu’une posture de détente ou de relaxation (comme Sâvasana, la posture du cadavre ou posture de relaxation) sera ressentie avec le plus de présence et de vigilance possible (fermeté du mental). Ce n’est pas toujours facile… !! Parce que, soit on tombe dans un excès de tonicité, un effort trop volontariste pour essayer de « tenir » la posture, ou de montrer qu’on y arrive (l’égo 😉) ; soit, dans les postures d’assouplissement et de détente, le risque est de se relâcher tellement qu’on s’avachit physiquement ou qu’on s’absente mentalement… Tout est – comme toujours – question d’équilibre. Apprenons alors à sentir en nous cette voie du milieu chère au Bouddha, ce ni trop ni pas assez si difficile à atteindre… en somme, on est toujours un peu comme sur le fil du rasoir !! 😉

Il en va de même dans les arts martiaux : en aïkido, celui qui occupe la position de défenseur (« tori »), a tout intérêt à rester à la fois centré et détendu (notamment au niveau des bras et des épaules), alors son action sera juste et apte à contrer celle de l’attaquant (« uke »). En restant centré dans notre hara (notre centre), en nous accompagnant de notre respiration, nous apprenons à pratiquer cet art avec à la fois présence et relâchement. L’alternance ici est vécue sans cesse, puisque de « uke » on devient « tori » et inversement. La voie (« do ») de l’harmonisation (« aï ») des énergies (« ki ») est comme un jeu d’énergies où la condition première est l’existence d’une connexion entre les deux partenaires : alors, celui qui se défend absorbe l’énergie de l’attaquant, pour ensuite la lui restituer, dans une intention martiale de non soumission mais également de non violence. Il s’agit bien de la même éthique que celle du Yoga qui prône de vivre en respectant « ahimsa » (la non violence envers soi même et envers autrui).
C’est sentir, à travers l’aïkido (art de paix et d’amour), à la fois l’énergie de l’Eau et celle du Feu !
Et – petit clin d’oeil 😉 – le kimono blanc et le « hakama » (jupe) des aïkidokas rappelle comme par hasard le blanc et le noir de Taiji tu…

 

Le Yin est dans le Yang, le Yang est dans le Yin : mouvement dynamique du symbole qui semble tourner à l’infini…

 

– La dynamique du monde :

Ce que nous dit Cyrille Javary, c’est que Yin-Yang est en somme un seul mot qui traduit « la pensée par deux » : c’est pourquoi il a choisi de ne pas parler du Yin ET du Yang, et de remplacer la conjonction « et » par un tiret.
Dans ce système de pensée, toute situation se divise toujours en deux, elle a toujours deux aspects qui ne sont pas opposés : une journée de 24h est constituée d’un jour et d’une nuit. Il ne peut y avoir l’un sans l’autre, comme le montre l’étymologie des deux mots : très concrètement, YIN signifie le versant nord de la montagne, et YANG, le versant sud de cette même montagne.
Un autre principe de la pensée chinoise, c’est que tout change tout le temps (« la seule chose qui ne change pas, c’est le changement » disait le Bouddha !) : une chose peut être à la fois une et son contraire, tout dépend du moment et de l’endroit à partir desquels on l’observe.
Yin-Yang, ce sont donc des stratégies – ce terme est intéressant, on le retrouve dans l’art de la guerre, dans les arts martiaux -, des manières d’agir différentes : chaque être vivant est en effet successivement Yin-Yang. Chaque énergie véhiculée par Yin-Yang est vécue dans le mouvement et le passage d’un « état à un autre : Yin n’est pas le froid, mais le moment où le climat se refroidit à l’automne, Yang n’est pas le chaud, mais le moment du réchauffement printanier. Ce sont donc des verbes d’action (et non des concepts statiques) qui vont le mieux définir ce système de pensée : Yin, c’est ce qui stabilise, ce qui nourrit, ce qui défend, ce qui intériorise ; Yang, ce qui dynamise, ce qui pousse à agir, ce qui attaque, ce qui extériorise. Par exemple, l’appareil sexuel est Yin, mais le moment de son activation est Yang.

 

 

– Historiquement, la notion de Yin-Yang a été déviée de sa source originelle par la dynastie Han :

Cyrille Javary nous explique que Yin-Yang a été perverti par une vision politique des Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.) qui ont voulu séparer les rôles entre hommes et femmes, valorisant les hommes et dévalorisant les femmes. C’est le début de l’assimilation réductrice du Yin en « féminin » et du Yang en « masculin ». Or, comprendre Yin-Yang, c’est mettre fin aux hiérarchies, notamment entre hommes et femmes, c’est désexualiser ce qui n’a pas lieu d’être, c’est cesser la pensée duelle et manichéenne : il n’y a pas de séparation des rôles ni d’étiquetage d’attitudes masculines et féminines, il n’y a pas de tâches viles ni de tâches nobles, il y a juste différents modes d’action. Dans la relation sexuelle, par exemple, désirer faire l’amour, il n’est pas juste question de donner et de recevoir : c’est un passage (du sec à l’humide chez la femme, du mou au dur chez l’homme), une transformation donc.
Yin-Yang existe en chacun-e de nous, hommes et femmes. Chacun-e de nous peut être tantôt réceptif et nourricier, tantôt actif et déterminé. Tout être peut agir en Yin ou en Yang selon les moments.

 

 

– La puissance de la souplesse :

L’harmonie, qui est le but que l’on cherche à atteindre quand on veut se rééquilibrer, consiste à adapter sa stratégie à la situation et à son évolution. L’adaptation, c’est la voie de la souplesse. Est souple ce qui est « capable d’adaptation, qui n’est pas systématique ni uniforme », explique le dictionnaire Larousse.
L’étymologie du mot « souplesse » est intéressante : elle contient l’idée de « plier », de se plier à, de se soumettre, non pas dans le sens d’obéissance servile, mais dans le sens de « s’en remettre à » (à la situation présente, à la Vie, à tout ce sur quoi je n’ai pas de prise, à Dieu…). L’adjectif « souple » vient directement du mot latin « supplex » qui signifie… suppliant !!
La Fontaine ne disait pas autre chose dans sa célèbre fable Le chêne et le roseau :
« Les vents me sont moins qu’à vous redoutables./
Je plie, et ne romps pas./
Vous avez jusqu’ici/
Contre leurs coups épouvantables/
Résisté sans courber le dos ;/
Mais attendons la fin. »
affirme le roseau juste avant que le chêne ne soit déraciné et emporté par la tempête…

Osons donc sortir des cases « masculin »-« féminin » pour nous mettre à l’écoute du contexte et de notre propre élan !! 😊

Cyrille Javary conclut l’entretien en rappelant les vertus des stratégies Yin : « nous gagnerions tous à nous réapproprier les stratégies Yin trop longtemps dévalorisées ». Pourquoi ? Parce que Yin est moins visible, alors que Yang concentre l’action en un instant donné.
Pourtant, explique Cyrille Javary, la réaction Yin, secondaire, réfléchie, maîtrisée, qu joue sur le temps et la durée, sur le rythmique et le cyclique, est justement celle qui est la plus valorisée par le Yi Jing, le « Classique des Changements », le grand livre du Yin-Yang.

Souplement dynamique, fermement détendu, imprévisibilité du changement, situations réversibles, mouvements souples et toniques, alternance, adaptabilité à chaque situation, mutabilité, passages… voilà ce que tente de nous raconter – à travers ce beau symbole épuré en noir et blanc – cette notion immense du Yin-Yang qui traduit à la fois les lois universelles de la Vie, et les lois internes des êtres humains soumis à ces mêmes lois…

Soyons Yin-Yang !! 😉😊

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Bibliographie :

Cyrille Javary, Yin-Yang, la dynamique du monde

 

 


2 commentaires

Christophe · 03/06/2019 à 17:24

Ils ont de la chance de t’avoir comme prof de yoga tes élèves… 😉
C’est sympa en tous les cas ces thématiques…

    Fabienne COSTA · 03/06/2019 à 19:55

    merci Christophe 😉 🙏

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