Ecoutez Un jour comme un autre de Degiheugi

 

Un jour comme un autre.

C’est le printemps. Un grand soleil. Le chant des oiseaux. Vendredi, cinq heures de l’après midi, je chausse mes baskets et je sors de chez moi. Je vais marcher dans la campagne.
L’atmosphère est très paisible, peu de bruits de voitures, les voisins sont dans leur jardin, ils jardinent, bêchent leur potager, ou prennent le soleil. On sent qu’ils sont occupés, mais qu’ils prennent le temps de vivre à un rythme tranquille.
Un air très doux, comme des vacances. Non, c’est une vraie douceur de vivre. Une vie qui coule de source, fluide et belle. Une vie comme il fait bon de la vivre. Sans stress, sans bruit, sans course après la montre. Où chacun est à sa place. La vraie vie, quoi.

Et pourtant non, ce n’est pas un jour comme les autres.
Je croise des amis, des élèves, et je ne peux leur parler que de loin. Quand je vais (rarement) faire mes courses, j’ai l’impression de courir un grave danger. Pour moi, pour les autres. Comme si l’air même que nous respirons était vicié, porteur de danger et de mort.

Ce n’est pas un jour comme les autres : c’est un jour de confinement.
Le 20e très exactement. Un temps dont on ne sait combien de temps il durera encore… Les doutes, l’incertitude, les peurs, les angoisses sont là. Mais aussi le combat pour la vie, pour préserver sa vie et celle des autres.
Et aussi : la joie d’être en vie et de savourer les choses les plus simples, les plus belles, les plus essentielles qui soient : prendre le temps de VRAIMENT regarder les choses, les êtres, la nature, de VRAIMENT écouter, sentir, goûter, toucher… l’eau, l’herbe, la terre, à défaut de toucher les gens qu’on aime… !
Savourer les plaisirs simples, les instants d’éternité dont on sait bien qu’ils ne dureront pas toujours, et que c’est pour cela qu’il est si important de les graver éternellement dans notre cœur. Un sourire, un mot reçu, une musique, les services qu’on se rend à distance. Ceux que nous aidons, et ceux qui nous viennent en aide : c’est dans ces moments extrêmes que nous reconnaissons la vraie valeur des vrais amis, et que nous laissons sur le bord de la route les faux amis et leurs mensonges…

Je vais marcher : je suis seule.
Je croise de animaux sauvages : faisan, canard, scarabée…
La nature reprend ses droits.

Je vois combien la Terre apprécie le fort ralentissement des activités humaines.
Je me dis : pour que le changement profond, radical, s’opère, il faut bien souvent un tsunami. Aussi bien au niveau individuel que collectif, l’amorce d’un vrai changement de conscience – et donc l’avènement de nouveaux choix de vie – est très souvent précédé d’une catastrophe : au niveau individuel, c’est souvent à travers la maladie, un deuil, une séparation, ou un licenciement, ou tout autre événement violent. Et au niveau collectif… eh bien nous y sommes : le Coronavirus envahit et détruit sur son passage toutes nos fausses croyances et les attitudes extrêmes auxquelles les activités industrielles et économiques au niveau mondial nous avaient tous acculés…

Il est temps de se repenser, de se réinventer, tout en gardant la ferme conviction que la Vie l’emportera, que la mort n’entraînera pas sur son passage de trop lourds malheurs. Il y en a déjà tant, il y en a déjà trop…

Et pourtant, il en a toujours été ainsi de tout temps, même avant l’épidémie de Covid-19 !
C’est comme si nous avions oublié, en vivant notre vie comme une course effrénée, que l’essentiel n’est pas dans le faire, mais dans l’être.

Gardons la Foi.
Avec la conscience que certains actes, certains choix de vie, certains modes de pensée ne seront plus possibles.

Pour moi, c’était déjà un peu comme ça, au temps avant le confinement : si être confinée signifie, non pas être enfermée, emprisonnée, étriquée dans une vie qui ne me convient pas (et m’empêche de voyager, moi qui adore ça !), si être confinée signifie au contraire apprendre les vertus du silence et de l’intériorisation – vertus auxquelles le Yoga que je côtoie depuis 20 ans m’a habituée, en me familiarisant avec la magie des «  voyages immobiles » – si mes choix de vie (voulus et parfois forcés) m’ont déjà donné la possibilité de vivre autrement – j’ai l’habitude de travailler seule, chez moi – et d’accepter les moments de solitude, si j’apprécie depuis longtemps de faire le plus de choses possible par moi même, si je suis sensible à l’écologie et à la défense de l’environnement depuis toujours, et surtout depuis que je suis devenue mère, je vois encore la marge immense de progrès qu’il me reste encore à faire : utiliser moins ma voiture, tendre encore plus vers le zéro déchet, voyager autrement (partir moins souvent, moins loin et/ou plus longtemps).
L’adage célèbre de Gandhi « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » est plus vrai que jamais aujourd’hui !

Chaque petit pas de paix que je fais en posant mes pieds sur la Terre, je ne le fais pas que pour moi, mais pour le monde.
Chaque brèche de conscience que j’ouvre en moi, je l’offre aux autres.
Chaque flux d’amour que je ressens en moi et que je donne est une joie pour moi et pour les autres.

 

C’était un jour pas comme les autres.
C’est pourtant comme cela qu’il fera bon vivre, une fois que nous serons déconfinés et que nous pourrons de nouveau nous voir, nous rencontrer, nous parler et nous entendre de tout près, que nous pourrons nous étreindre et nous toucher, trinquer, rire ensemble, chanter et danser en toute liberté : ce sera la fête !! ❤️

 

En attendant, la fête est déjà là, plus intime, plus secrète : mon cœur bat pour ceux que j’aime, pour la gentillesse sincère de ceux qui me sont proches, ou moins proches mais toujours présents.
Mon coeur n’a pas d’âge pour aimer.❤️
La simple joie d’être, comme disait une de mes enseignantes de Yoga qui m’est si chère.

 

4 avril 2020

 

 

 


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